Légèreté et cruauté de l’humain

LogoTous les deux ans, Lyon devient la capitale de la danse grâce à une manifestation collective qui assume son rôle phare dans la programmation culturelle de la ville. Cette 18e édition de la Biennale de la danse s’annonçait comme une longue aventure entre tradition et recherche contemporaine, langages historiques et nouvelles formes d’expression. Nous sommes allés le vérifier

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Ogni due anni, la Biennale de la danse di Lione fa della città francese il centro internazionale della danza e delle creazioni artistiche attraversate dell’arte coreutica. Dall’11 al 30 settembre l’attenzione del mondo della danza si concentra sulla città e sulla regione lionese per tre lunghe settimane di elevazione coreutica. Il nostro viaggio in questa 18esima edizione della biennale inizia giovedì 13 con un ricco omaggio a Merce Cunningham al teatro dei Célestins comprendente due pièces, Beach Birds e Biped che raffreddano le dinamiche estetiche tracciando pochissime, ma intensissime, ligne di pathos. Il giorno seguente è il turno della compagnia belga di Peeping Tom sul palco dell’Opera con il cinematografico e dolorosissimo 31 rue Vandenbranden, lavoro a dir poco straordinario capace di far emergere la piccola – e dalle drammatiche conseguenze – violenza che l’umano pratica quotidianamente

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Notre traversée de cette nouvelle – et extrêmement riche – édition commence le jeudi 13 septembre avec un hommage à une des figures parmi les plus révolutionnaire de tout l’art du XXe siècle : Merce Cunningham. Disparu en 2009 à l’âge de 90 ans, l’innovateur américain aurait fêté son siècle dans quelques mois. Un anniversaire qui ne pouvait pas passer inaperçu et qui semble offrir  sa bénédiction à la manifestation lyonnaise. Confortablement installés dans le théâtre le plus élégant de la ville, celui des Célestins, nous plongeons dans l’univers du chorégraphe grâce au travail et à la fidélité esthétique de Robert Swinston, ancien assistant de Cunningham. Beach Birds est une pièce organique, constituée par un réseau complexe et interminable de petites dynamiques qui demeurent séparées, indépendantes. Le nombre fourmillant de singularités variables ne touche aucunement à l’intégrité de la grande structure et ce système demeure parfaitement intelligible. La danse de ces charmantes créatures volatiles constitue une ligne éphémère et intouchable : celle qui sépare ciel, mer et terre. Cette ligne accueille l’expression de ces vies jusqu’au point de se fondre avec elles, dans une osmose écologique. Là, quand la ligne qui sépare et relie le ciel, la terre et la mer ne fait qu’un avec les vies hébergées, elle devient ligne de fuite, phénomène énergétique. Voici que la musique inquiétante et interrogeante de John Cage ne peut qu’entreprendre un rapport de proximité dangereuse et productive avec l’expression choreutique. Et le résultat est cruellement émouvant. Biped, deuxième pièce de la soirée, montre l’effort extraordinaire et novateur d’un chorégraphe de 80 ans (la pièce date de 1999) envers les nouvelles technologies. Si la chorégraphie fut développée grâce à l’aide du logiciel DanceForms, ce qui nous est renvoyé immédiatement est une esthétique froide et minimaliste. Tentative de remettre à zéro l’histoire de la danse pour la faire renaitre en découvrant ses démesurées possibilités, Biped est aussi la célébration de l’humain sous une forme poétique initialement insoupçonnable. Traversée par un pathos intense, la pièce accueille et multiplie les facettes de l’humain dans un concert visuel qui, loin de s’embrigader dans un seul régime narratif, vise à déconstruire les modalités de son refus.

Le lendemain, le vendredi 14, nous retrouvons la déroutante compagnie bruxelloise Peeping Tom avec la recréation de leur pièce de 2009, 32 rue Vandenbranden qui, après le déménagement au 33 en 2013 dans la création pour l’Opéra de Göteborg, s’installe aujourd’hui au 31 rue Vandenbranden à l’Opéra de Lyon. Un an après le surprenant Moeder à la Maison de la danse, la compagnie fondée par Franck Chartier et Gabriela Carrizo retrouve donc Lyon avec un drame dont l’esthétique subjugue et cloue au silence. Le lent travail des émotions entrepris par la pièce fait émerger la violence quotidienne diffuse et tumorale, face à laquelle il faudrait que l’on ressente une honte, la honte d’être un homme – Deleuze l’a bien expliqué dans « R comme Résistance » de son Abécédaire en reprenant Primo Levi – miroitée par les événements minuscules de notre existence. Dans 31 rue Vandenbranden nous avons une dramatisation du concept théâtralisant du cliché cinématographique. Si le décor a été suggéré par La Ballade de Narayama, un film japonais de Shōhei Imamura de 1983, ici nous rencontrons un cliché en tant qu’action photographique où l’image se lance dans la tentative de résumer le tout, l’histoire et sa déréalisation. Les regards de Hopper et de Wenders sont aussi convoqués dans cette démarche dramatique de création d’un lieu signifiant à l’intérieur du cliché, de l’ouverture d’une brèche – qui est donc blessure – capable de parvenir au moment cathartique où le touché et le touchant ne se distinguent plus. Le voyant/voyeur (voilà la signification de l’expression anglaise « peeping Tom ») ne se borne pas à son rôle extérieur, mais, par le biais de l’émotion, il rentre dans le décor, dans ce monde renfermé et autarchique qui étouffe toute dérogation au schéma du pouvoir établi. Dans 31 rue Vandenbranden nous retrouvons la solitude fascinante de Moeder, le microcosme imperméable et traversé par de micro-tremblements de terre, lieu propice à l’expression la plus triviale de l’animalité sauvage et égoïste de l’homme. Nous sommes loin d’une « descente aux enfers » car ici ce qui nous est présenté et qui nous piège est une exposition,  une évagination de l’être à travers une esthétique pathétique et parfaite, tellement parfaite que les solos – nous pensons en particulier à celui sur les notes de Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd – découpent la continuité de la pièce constituant une pause qui s’extrait du travail comme un souffle provenant d’un lieu lointain, paisible et libre et, donc, impossible à atteindre.

Les spectacles ont eu lieu :
Célestins, Théâtre de Lyon
4 Rue Charles Dullin
jeudi 13 et vendredi 14 septembre 2018 à 20h

Opéra de Lyon
1 place de la Comédie
de mardi 11 au samedi 15 septembre 2018 à 20h

La Biennale de la danse de Lyon a présenté :
Beach Birds
chorégraphie Merce Cunningham
reconstruction Robert Swinston
musique John Cage – Four
interprétation Marion Baudinaud, Ashley Chen, Anna Chirescu, Gianni Joseph, Haruka Miyamoto, Adrien Mornet, Catarina Pernao, Flora Rogeboz, Carlo Schiavo, Claire Seigle-Goujon, Lucas Viallefond
costumes et lumière Marsha Skinner
avec l’aimable autorisation du Merce Cunningham Trust
durée 30 min

Biped
chorégraphie Merce Cunningham
reconstruction Robert Swinston
musique Gavin Bryars – Biped
décor Shelley Eshkar, Paul Kaiser
costumes Suzanne Gallo
avec Guyonn Auriau, Marion Baudinaud, Matthieu Chyrigues, Antonin Chediny, Anna Chirescu, Xavier Gocel,Pierre Guibault, Gianni Joseph, Adélie Marck, Haruka Miyamoto, Catarina Parnao, Flora Rogeboz, Carlo Schiavo, Claire Seigle-Gojoin
avec l’aimable autorisation du Merce Cunningham Trust
durée 45 min

31 rue Vandenbranden
conception et adaptation : Gabriela Carrizo, Franck Chartier
avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon
mezzo-soprano Eurudike De Beul
inspiré de 32 rue Vandenbranden
danse et création Jos Baker, Eurudike De Beul, Marie Gyselbrecht, Hun-Mok Jung, Maria Carolina Vieira, Seoljin Kim
dramaturgie Hildegard De Vuyst et Nico Leunen
composition sonore Juan Carlos Tolosa, Glenn Vervliet
conception des décors Peeping Tom, Nele Dirckx, Yves Leirs, Frederik Liekens
conception lumière Filip Timmerman, Yves Leirs
costumes: Diane Fourdrignier, HyoJung Jang
durée 1h20

18e Biennale de la danse
du 11 au 30 septembre 2018

www.biennaledeladanse.com

 

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