Faire un avec l’inhospitalier

Maison De La Danse S’appuyant sur le poème de João Cabral de Melo Neto O cão sem plumas de 1950, Deborah Colker conçoit une pièce chorale dont l’esthétique abrupte et fascinante condense la dureté de la vie quotidienne de la population de l’état brésilien de Pernambuco. Suivant le cours du fleuve Capibaribe, la chorégraphe nous a amené, à la Maison de la danse de Lyon, dans un univers terrifiant et indescriptible pour parvenir à une unification formelle et théorique de l’humain, du naturel et du violent

Spoiler

Un lavoro durissimo e affascinante, completo e che lascia lo spettatore senza fiato per tutta la sua durata. Cão sem plumas di Deborah Colker, nei giorni scorsi alla Maison de la danse di Lione, tratta di “cose inconcepibili”, come afferma la stessa coreografa. Seguendo il corso del fiume Capibaribe che taglia lo stato brasiliano di Pernambuco, lo spettacolo mostra la durissima vita quotidiana degli abitanti installati sulle rive di questo corso d’acqua. Grazie a un’estetica affascinante e convincente, a giochi di luce significanti e alla musica dagli umori ctoni e mondani, Cão sem plumas riesce ad esprimere un discorso profondo e radicale, che evita le retoriche dello sfruttamento ma anche quelle del rispetto ambientale per pervenire a una dolorosa, quanto necessaria, unione totale con la natura.

[riduci]

Une étrange beauté se dégage de Cão sem plumas, œuvre de 2017 de la chorégraphe Deborah Colker. La superposition d’images cinématographiques, de mouvements de danse et d’un décor minimal et pourtant très inquiétant, fournit un noyau central incroyablement dense et captivant. Plongé dans le film que Deborah Colker a réalisé avec Cláudio Assis, le spectateur est englouti, dès le début, dans un univers lunaire, une terre inhospitalière. Le paysage craquelé ne semble pas pouvoir accueillir la vie humaine, tant il résiste à toute intervention biologique. Et pourtant, dans cette immense lande, Sisyphe se lance dans un effort stérile : au lieu du rocher, ce moderne condamné se retrouve à pousser une embarcation vers un plan d’eau qui, n’apparaissant jamais, semble tant inaccessible qu’irréel.

A travers les huit tableaux chorégraphiques (Alluvium, River and streams, Big crabs, Sugar cane field, Dog river, Mangrove, Herons, City) nous parcourons la vie quotidienne des populations de l’état brésilien de Pernambuco. Chaque tableau semble proposer une étape, la partie d’un univers qui se concrétise dans le chemin sinueux du fleuve Capibaribe. Les danseurs, recouverts de boue, paraissent des extraterrestres aux coutumes incompréhensibles contraints à vivre dans un territoire inhospitalier. Mais cette transposition s’efface dans l’épiphanie que ce monde étrange a lieu, quotidiennement, dans un lieu bien terrestre. Cette œuvre cruellement politique de Deborah Colker violente donc le spectateur grâce à une esthétique envoûtante et irréelle, dans laquelle s’insinue la réalité la plus immédiate, dure, mondaine.

On ne peut pas respirer pendant une heure et demi. La compénétration de danse et d’images filmiques est sublimée par une parfaite bande son. Les musiciens Jorge Dü Peixe, Lirinha et Berna Ceppas définissent les contours de la pièce dans une logique qui varie entre un aspect chtonien et ancestral et un ton plus mélodique et léger. Le rôle joué par la musique est donc ici essentiel car il participe à une œuvre qui se veut « totale », complète. Le spectateur n’est pas amené à parvenir à un quelconque dialogue avec ce qui se passe sur scène : enseveli dans son fauteuil, il se retrouve englouti dans un univers réellement existant malgré ses apparences fantastiques. Traiter des « choses inconcevables », telle est la tâche de la chorégraphe brésilienne.

Dans cet univers il n’y a pas d’espoir, de rédemption. Il y a la parfaite et totale assomption de l’état des choses à tel point que l’on peut saisir non pas une horizontalité vouée à l’élévation, mais celle d’un sentiment des profondeurs. C’est pour cette raison que l’homme est relié totalement à son environnement, à la terre infertile et les êtres vivants qui le côtoient. Il s’agit d’un resserrement total qui donne lieu à un déversement d’une partie dans l’autre. Voici que l’humain peut devenir crabe, chien (dont le titre, « Chien sans plumes »), arbre. Ce mouvement que Deleuze aurait appelé « devenir animal », « devenir plante » est un mouvement effectif et qui se place en dehors de la simple logique du « respect écologique ».Nous sommes ici dans un véritable acte révolutionnaire qui contre-effectue la violence, soit-elle naturelle ou artificielle, pour installer une logique de la fusion dans la survivance. Dans ce geste, acte ultime de l’humain envers la nature, se dépose, peut-être, le résultat de la tentative de Deborah Colker de « traiter des choses inconcevables ».

Spectacle vu le jeudi 31 janvier 2019

Le spectacle a eu lieu :
Maison de la Danse
8 avenue Jean Mermoz – Lyon
du mardi 29 janvier au samedi 2 février 2019

La Maison de la danse a présenté
Cão sem plumas
Companhia de dança Deborah Colker
2017
création, chorégraphie et direction Deborah Colker
direction exécutive João Elias
direction artistique et scénographie Gringo Cardia
direction cinématographique et dramaturgie Cláudio Assis, Deborah Colker
direction musicale Jorge Dü Peixe et Berna Ceppas avec la participation de Lirinha
lumières Jorginho De Carvalho
costumes Claudia Kopke
crédit photographique Cafi
production JE Produções Ltda
avec Bianca Lopes, Dilo Alberto, Gabriela Fonseca, Igor Martins, Isabella Accorsi, Isaias Estevam, Jaime Bernardes, Luan Batista, Luisa Vilar, Mozart Mizuyama, Olivia Pureza, Paula Damiane, Phelipe Cruz, Pilar Giraldo

durée 1h10

www.maisondeladanse.com
www.ciadeborahcolker.com.br

Rispondi

Questo sito usa Akismet per ridurre lo spam. Scopri come i tuoi dati vengono elaborati.