Solitude et sentiment fraternel dans la folie d’une vengeance

Travail le plus radical de Richard Strauss, Elektra a retrouvé, à l’Opéra de Lyon la mise en scène de Ruth Berghaus qui interroge la tradition avec des formules très contemporaines et pointues. Un double chef-d’œuvre qui a pris vie sous la baguette d’un très fin connaisseur du romantisme allemand : Hartmut Haenchen.

L’imposante structure centrale dans laquelle se déroule le drame mortel d’Elektra positionne la mise en scène de Ruth Berghaus parmi les lectures les plus réussies des représentations contemporaines de la tradition de l’opéra. Conçu comme un plongeoir olympique en ruine, avec des senteurs d’un classicisme décadent, le dispositif devient lieu habitable et scène des événements du mythe d’Elektra. Lieu unique du déroulement des scènes du drame, le dispositif possède une puissance scénique débordante qui donne une très claire sensation de danger constant et de catastrophe imminente (et nous pensons ici, notamment, à la scène de l’épée qui est suspendu sur l’orchestre placée sur la scène). Elena Pankratova est une Elektra tragique possédée par une voix pointue et extrêmement moderne tandis que Katrin Kapplush façonne une Chrysothémis dubitative, marquée par une voix très riche qui fend la pièce en apportant la lumière du doute et de la raison. La musique de Strauss rend cette Elektra une des œuvres phare de la recherche musicale du nouveau siècle. Une partition riche de changements de tempo, d’ambiances, de styles : un véritable manifeste d’une musique qui naît dans la tradition pour se lancer pleinement dans le Novecento. Et cela est particulièrement évident dans le rôle de Clytemnestre, personnage démoniaque auquel Lioba Braun insuffle une énergie schizophrénique qui anticipe, déjà, le Pierrot Lunaire de Schoenberg. Et si la décision d’Elektra d’agir seule et de tuer la mère est un véritable climax de la tension de l’œuvre, l’annonce de la mort d’Oreste (qui sera démentie par son apparition auprès d’Elektra) atteint un degré de dramaticité presque intolérable. Les trois rôles féminins principaux composent un triptyque parfait autour duquel les autres personnages gravitent. A l’exception d’Oreste puisque, avec son apparition, il abat sur l’histoire la folie de la résolution. Gouffre vocal, dureté pétrifiante : Christof Fischesser montre un Oreste résolu, aveuglé par une folie meurtrière qui sera punie par la persécution des Erinyes.

Si dans le Tristan et Isolde on verra l’Amour comme une force de lumière qui ne peut se réaliser que dans la nuit éternelle, considérée comme épilogue ouvrant sur une éternité libérée, dans Elektra l’Amour, fraternel et filial, nourri par le sentiment de vengeance, est la condamnation de la séparation, de la fin et de la folie. Des conclusions si proches et pourtant si antinomiques…

Spectacle vu le 1 avril 2017

Le spectacle a eu lieu :
Opéra de Lyon
1 Place de la Comédie – Lyon
vendredi 17 mars 2017, lundi 20, jeudi 23, jeudi 30 et samedi 1 avril à 20h00, dimanche 26 mars à 16h00

L’Opéra de Lyon a présenté :
Elektra
de Richard Strauss
tragédie en un acte, 1909
livret de Hugo von Hofmannsthal,
d’après Sophocle
en allemand
récréation de la production originale de Dresde (1986)
durée 1h35

 direction musicale Hartmut Haenchen
mise en scène Ruth Berghaus
réalisation de la mise en scène Katharina Lang
décors Hans Dieter Schaal
costumes Marie-Luise Strandt
lumières Ulrich Niepel
avec
Lioba Braun Clytemnestre
Elena Pankratova Elektra
Katrin Kapplusch Chrysothémis
Thomas Piffka Egisthe
Christof Fischesser Oreste
Bernd Hofmann Le précepteur d’Oreste
Pascale Obrecht La confidente de Clytemnestre
Marie Cognard La porteuse de traine
Patrick Grahl Un Jeune serviteur
Paul-Henry Vila Un Vieux serviteur
Christina Nilsson La Surveillante
Anthea Pichanick, Rebekka Stolz, Catalina Skinner-Moreno, Géraldine Naus, Marianne Croux Jeunes servantes
Marie Cognard, Pascale Obrecht, Sharona Applebaum, Celia Roussel-Barber, Joanna Curelaru Kata, Sophie Calmel-Elcourt Servantes
Orchestre, Chœurs et Studio de l’Opéra de Lyon

L’Opéra de Lyon a présenté
Festival Mémoires
du 7 mars au 5 avril 2017
à l’Opéra de Vichy, au TNP de Villeurbanne et à l’Opéra de Lyon

www.opera-lyon.com
www.opera-vichy.com
www.tnp-villeurbanne.com

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