Déconstruire l’histoire et ses apparences périphériques

Le Krump, danse urbaine née dans les années 2000 à Los Angeles, est le centre de la pièce Éloge du puissant royaume d’Heddy Maalem en ce moment à la Maison de la danse de Lyon. Un spectacle étonnant qui retravaille les tournures de ce style pour atteindre une rare beauté.

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Il Festival Sens Dessus Dessous continua alla Maison de la danse di Lione proponendo uno spettacolo di danza di rara bellezza. Il krumpin’, danza urbana dei quartieri poveri di Los Angeles, è il centro dell’Éloge du puissant royaume di Heddy Maalem e funziona come elemento decostruttivo di tutta la storia della danza. Smascherare l’artificiosità dell’idea di periferico mostrandone la profonda proposta globale ed estetica: questo è il krumpin’ concepito e rielaborato dal coreografo algerino.

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Le Festival Sens Dessus Dessous continue dans la proposition de pièces engagées et profondément ancrées dans le tissu des expressions urbaines. Éloge du puissant royaume d’Heddy Maalem plonge la Maison de la danse, lieu de recherche internationale autour de cet art, dans un des langages les plus agressifs de la street américaine : le krump. Né comme art de la rue, expression immédiate de la passion pour le rap, le krump a atteint son pic de notoriété au début des années 2000, grâce à des clips d’artistes connus comme Prodigy ou Chemical Brothers. Sous la forme de battle, cette danse canalise les tensions et la rage des jeunes pour en faire un puissant objet esthétique.

Cinq krumpeurs montent sur scène, mais ce que l’on voit n’est pas une simple bataille. Le krump s’avère être inséré dans un système de déconstruction de la danse contemporaine. Qui s’attendait à assister à une battle est subitement déçu : nous sommes en présence d’une réflexion visuelle et corporelle non pas sur la danse, mais à l’intérieur d’elle-même. Les corps des danseurs se défient, se provoquent pour, ensuite, se retrouver enlacés dans un mouvement qui s’élève dans une recherche globale. Et voici que le krump se retrouve à exprimer ses tournures de style sur les houles vocales de la Missa syllabica d’Arvo Pärt. Les corps électriques et les mouvements saccadés des danseurs n’interprètent pas seulement l’esprit sacré de cette musique, mais ils sont l’expression même de cette messe spirituelle. Les corps s’expriment à travers un langage polyforme extrêmement puissant et efficace, sspectateurs intervention vocale. Les bouches s’ouvrent et des grimaces apparaissent sur les visages des danseurs : il ne s’agit pas de souffrance, mais d’un cri sans voix, inarticulé, expression ultime d’un corps qui, en défiant un autre, se pousse jusqu’à son extrême. Les matières charnelles se retrouvent à traverser plusieurs mondes, lieux et moyens d’expression. Les passages, à l’apparence brusques, entre les différents univers, s’avèrent d’une véritable poésie qui agît dans le profond, jusqu’à atteindre le fond vital de l’être. L’atmosphère sacrée de Arvo Pärt s’estompe dans la musique envoûtante de Philip Glass, pour, ensuite, assumer des formes baroques avec Bach et Jordi Savall. Dans cette pièce de Heddy Maalem c’est une véritable déposition du concept de fight qui est à l’œuvre et cela permet la création d’une voie consacrée à la rencontre des corps qui magnétisent l’histoire de la danse. La rage se transforme en drague, tandis que l’agression se métamorphose en valse anglaise, sensuelle et raffinée.

Le saxophone lysergique de Colin Stentson accompagne les spectateur vers la fin de cette pièce, une fin qui émerveille pour ce retour inattendu à l’univers krump. Après avoir déconstruit l’histoire de la danse, voici que l’apparition brusque du véritable krump et de sa grammaire visuelle et comportementale, accompagnées dans cette démarche par lyriques du poète/rappeur Saul Williams, touchent profondément les spectateurs. Heddy Maalem, avec cette pièce qui clôture une carrière de chorégraphe de plus de 30 ans, semble nous dire « Oui, ce que vous avez regardé jusqu’à présent c’était l’élévation du royaume par le puissant éloge (Krump est, en vérité, un acronyme et signifie Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise) et pour faire cela j’ai dû extraire l’âme de l’histoire de la danse ». Et cette âme, cher Heddy, est d’une beauté rare.

Les danseurs avancent, ils sortent du noir et la réaction du public ne se fait attendre. Une standing ovation hautement méritée.

Les spectacles continuent :
Maison de la danse
8 avenue Jean Mermoz – Lyon
Mardi 14 mars 2017 à 20h30 et mercredi 15 à 19h30

HEDDY MAALEM – Éloge du puissant royaume
2013
5 danseurs
chorégraphie Heddy Maalem
scénographie Rachel Garcia
création lumière Guillaume Fesneau
bande sonore Heddy Maalem, Stéphane Marin
musiques Hildu Gudnadottir, Iannis Xenakis, Arvo Pärt, 2 Fingers, Philip Glass, Stéphane Marin, Jean-Sébastien Bach, Hesperion XXI, Jordi Savall, David Lynch & John Neff, Colin Stentson, Saul Williams
avec Anthony-Claude Ahanda alias Jiglaw, Wladimir Jean alias Big Trap, Romual Kabore, Emilie Ouedraogo alias Girl Mad Skillz et Anne-Mrie Van alias Nach

en coproduction avec la Compagnie Heddy Maalem / La Briqueterie – CDC du Val-de-Marne, CDC Toulouse Midi-Pyrénées, Le Parvis/ Scène nationale Tarbes-Pyrénées, Atelier de Paris-Carolyn Carlson

La Maison de la danse présente
Festival Sens Dessus Dessous
du 5 au 18 mars 2017

programmation complète: www.maisondeladanse.com

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