Mélancolie visionnaire et liminaire

Ce 7 février l’Epicerie Moderne de Feyzin a proposé une soirée foisonnant de sons étranges et mélancoliques se mouvant perpétuellement dans des atmosphères folkloriques, sombres et gothiques. Assurée par Richard Dawson, notre belle découverte de ce début 2020, la première partie nous a offert sa weird world music, avant de laisser le plateau à la fascinante perle du sadcore américain, Emily Jane White, auteure d’un concert captivant.

Spoiler

L’Epicerie Moderne di Feyzin ha proposto una densa serata all’insegna di suoni singolari e melanconici, in costante movimento tra atmosfere folkloriche, oscure e gotiche. Richard Dawson, forse la nostra più bella scoperta di questo inizio 2020, ha aperto la serata come una weird world music, prima di lasciare il palco all’affascinante perla del sadcore americano, Emily Jane White, autrice di un splendido concerto

[riduci]

Nos retrouvailles avec l’univers sonore de Emily Jane White, découverte lors du concert de 2013 au Marché gare, s’annonçaient très attendues notamment après l’écoute du remarquable Immanent Fire (Talitres, 2019). Mais avant de replonger dans les vagues terribles et accueillantes de sa musique, c’est à un étrange anglais aux discours farfelus et nimbés de génie, Mister Richard Dawson de Newcastle, six albums à son actif, d’offrir un set esquissant son très riche panthéon musical et un parcours fascinant. Pourvu d’un cœur très rock, Richard Dawson libère sa voix pour dessiner des trajectoires tantôt oniriques, tantôt martiales. Nous tombons sous son charme avec The Almsgiver, petite perle de saveur médiéval chantée a cappella et évoquant un lointain monde chevaleresque et bucolique. La suivante Scientist est une cavalcade criée et haletante, lancée vers un horizon de liberté. The Queen’s Head semble constituer une impossible ligne rouge entre Badly Drawn Boy, Syd Barrett et l’école de Canterbury tandis que Jogging – morceau qui verbalise sa haine envers les « arrogants joggers » – concrétise toute une adolescence de sons rugueux so nineties. L’hypnotisante The Ghost of a Tree clôture le set, rencontre parfaite entre traditional, rituel et chanson de pirates.

Après cette très belle découverte, nous retrouvons le charme décadent de Emily Jane White, en tournée européenne pour présenter son dernier opus, Immanent Fire. Le concert de ce soir s’ouvre sur Washed Away, un des 9 morceaux tirés de son dernier album, qui nous attire instantanément dans son univers. Les atmosphères ombreuses et sanglantes nous enlacent dès les premières notes évoquant un univers gothique bien précis, où Nick Cave côtoie Calla. La suivante Infernal est un condensé de coups de couteaux, de petits gémissements qui s’épanouissent en plaintes soulevées des entrailles des girons infernaux et d’une étrange et magnétisante douceur. Light fait propre la leçon de Lisa Germano et lui donne un souffle épique. Du nouveau travail de l’artiste, nous découvrons les atmosphères celtiques aux allures militaires, où la voix nage dans un wall of sound saturé (Drowned, Metamorphosis), les évocations fantomatiques appelant des formes liturgiques (Shroud), mais aussi les moments intimistes particulièrement soignés (Dew, The Gates at the End), ou les évocations morriconiennes révélant une voix légère et charnelle (Surrender). Emily Jane White intègre également dans son set certaines compositions plus épurées et linéaires des premiers albums (Stairs, Dagger, Sleeping Dead) et, avant de saluer définitivement le public,  nous livre deux petits chefs-d’œuvre : Wild Tigers I Have Known et Hole in the Middle. Le premier morceau, conçu pour le film culte éponyme de Cam Archer de 2006 (une bande sonore extraordinaire avec la présence de David Tibet, Pantaleimon, Six Organs of Admittance), condense ce qu’il y a de plus pur chez cette artiste, tandis que le second  constitue le plus bel au revoir qu’elle aurait pu concevoir pour cette soirée.

Évoluant constamment dans l’ombre, mais en étroite proximité avec la lumière, Emily Jane White nous offre une créature intermédiaire, nymphe des limites et des confins, protectrice de savoirs ancestraux, chamane nécessaire pour notre absurde contemporanéité.

Le concert a eu lieu :
Epicerie Moderne
2 Place René Lescot – Feyzin
vendredi 7 février 2020 à 20h30

L’Epicerie Moderne a présenté :
Emily Jane White + Richard Dawson

Set Emily Jane White
Washed Away
Infernal
Light
Stairs
Dagger
Drowned
Shroud
Surrender
Sleeping Dead
The Cliff
Metamorphosis
Dew
The Black Dove
The Gates at the End

Encore
Wild Tigers I Have Known
Hole in the Middle

www.epiceriemoderne.com
emilyjanewhite.net
richarddawson.net

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