Réflexion/Théâtre

LogoFils barbelés et regards adressés à la mer, corps qui se choquent et un Shakespeare boiteux. Notre deuxième journée au Festival d’Avignon nous a réservé des surprise e quelques petites déceptions

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La nostra avventura al Festival d’Avignon continua con una giornata intensa e ricca tra lavori  shakespeariani, ricerche scientifiche per il “filo spinato perfetto”, cavie teatrali e delicati canti d’amore al Mediterraneo. Juliette, le Commencement, pièce di Marceau Deschamps-Ségura et Grégoire Aubin si muove tra Shakespeare e Hugo, mentre i piccoli formati dei Sujets à vif interrogano il rapporto tra corporalità e limite. Bestie di scena di Emma Dante si distingue per una riflessione silenziosa e politica del ruolo attoriale mentre la poesia di Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire del tunisino Radhouane El Meddeb chiude la penultima giornata del festival con una dolce e musicale carezza

[riduci]

Notre deuxième journée à Avignon débute avec Juliette, le Commencement, la pièce de Marceau Deschamps-Ségura et Grégoire Aubin présentée au gymnase du Lycée Saint-Joseph. Il s’agit d’un méta-théâtre engagé qui se lance dans un combat contre les oppressions systémiques. Juliette travers un monde à la croisée entre Hugo, Christophe Nolan et Valérie Solanas. Le tout plongé dans un univers shakespearien. Les inégalités, les injustices, le racisme et les rêves d’une jeune femme sont le centre de cette pièce jeune qui nécessite encore un certain raffinement. Il y a une sensation de pesanteur qui ne permet pas à ce travail de s’envoler, comme si le système shakespearien permettait de bâtir une structure solide mais, aussi, une geôle inviolable. Le féminisme naïf de Juliette a encore beaucoup de route à faire…

Quarante minutes suffisent per contre à Mathieu Desseigne-Ravel et Michel Schweizer pour bouleverser le public avec froideur et délicatesse, humour et une terrifiante volonté politique. Bâtards (Petite forme éducative) est le premier des deux Sujets à vif présentés dans l’après-midi du 25 juillet. La petite histoire du fil barbelé, de ses possibilités et de ses évolutions, nous emmène dans un monde scientifique et vaguement ironique. Le ton change rapidement, cruellement, quand l’histoire devient recherche, quand le désir de divide et impera se transforme en volonté d’annuler aussi l’idée même de vouloir atteindre à l’intégrité de cette limite créée par ce fil, ce mur qui divise et qui blesse. Michel parle, il nous explique cette démarche scientifique, qui se veut comme une grande conquête de l’humanité, tandis que Mathieu danse, effleure, évite doucement ces fils virtuels. L’aboutissement de ces recherches est surprenant et nous renvoie la violence que nous avions accepté validant ce projet : le fil barbelé parfait n’est pas qu’une suite de plumes délicates. Alors, quelle place pour des murs dans une humanité humaine ?

Deuxième volet des Sujets à vif, L’éclosion des gorilles au cœur d’artichauts met en jeu deux corporalités qui rentrent en contact avec maladresse et inadéquation. Les corps de Jann Gallois et de Lazare proviennent de deux galaxies différentes mais, se retrouvant ici, sous le regard de la Vierge du Jardin, ils s’imposent une vie commune qui est un réceptacle d’humour et de physicité stérile et, pourtant, touchante. Et ils vécurent heureux pour toujours.

Peu après, Emma Dante nous a conquis avec ses Bestie di Scena dans le gymnase du Lycée Aubanel. Une petite troupe d’êtres dépourvus de toute parole, amenés à se déplacer dans l’espace suivant un rythme bien précis. Canzonatura de la marche militaire et du Schuhplattler, le déplacement initial est répétitif et s’approche étrangement de l’exercice physique. Puis, vient la nudité. Et avec cela, l’émergence d’un minimum de discrétion. Mais comment peut-on envisager une quelconque discrétion quand on est des « bêtes de scène » ? Mis à l’épreuve des sollicitudes extérieurs (mais qui restent bien ancrées à l’intérieur de la fiction scénique), les 14 cobayes se retrouvent au début de l’histoire humaine, à la recherche de la compréhension des causes externes et des fonctionnement internes. Une démarche scientifiques primitive qui résiste à l’histoire, une volonté de compréhension qui fait face à une forte résistance à l’écriture, à l’histoire. Pièce évidée des signes et lourde de signification, Bestie di scena parle de nous, non comme une sorte de similitude avec notre monde, mais pour nous violenter avec un monde brut et naïf, extraordinairement beau dans sa nudité et dans sa sincérité. Exactement tout ce que nous avons perdu. Bestie di scena parle de ça : de ce auquel nous avons voulu renoncé afin d’évoluer.

Cette belle et riche journée se termine avec la poésie de Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire de Radhouane El Meddeb que le public avignonnais démontre clairement ne pas avoir compris. Plusieurs générations d’artistes tunisiens se retrouvent « face à la mer » mais cela n’indice pas seulement un acte contemplatif, mais aussi un intense, touchant, infini dialogue muet avec cette étendue d’eau, cet horizon qui maintien, encore aujourd’hui, des tensions et des conflits politiques et militaires. Travail sentimental (et non sentimentaliste) du silence, du manque de la parole et, si la parole décide enfin de s’afficher, son habit extérieur sera celui d’un chant doux et aérien, léger, libre, comme celui d’une suave déclaration d’amour. On ne peut pas décrire la mer. Il faut la chanter. Radhouane El Meddeb réussit un pari où le sentiment demeure insaisissable. Preuve d’amour, larme légère.

 

Les spectacles ont eu lieu :
Gymnase du lycée Saint-Joseph
rue des Teinturiers – Avignon

Jardin de la Vierge
62 rue des Lices – Avignon

Gymnase du lycée Aubanel
14 rue Palapharnerie – Avignon

Cloître des Carmes
Place des Carmes – Avignon

lundi 25 juillet 2017 à 14h, à 18h, à 20h et à 22h

Les Festival d’Avignon a présenté :
Juliette, le commencement
de Marceau Deschamps-Segura et Grégoire Aubin
avec le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris
texte Grégoire Aubin
mise en scène Marceau Deschamps-Ségura et Grégoire Aubin
costumes Valérie Montagu
assistanat à la mise en scène Anne-Céline Trambouze
avec Gabriel Acremant, James Borniche, Margaux Chatelier, Théo Chédeville, Jean Chevalier, Louise Chevillotte, Milena Csergo, Marceau Deschamps-Ségura, Maïa Foucault, Lucie Grunstein, Louise Guillaume, Florent Hu, Jean Joudé, Hugues Jourdain, Kenza Lagnaoui, Pia Lagrange, Jean-Frédéric Lemoues, Joseph Menez, Sipan Mouradian, Asja Nadjar, Solal Perret-Forte, Maroussia Pourpoint, Isis Ravel, Morgane Real, Roxanne Roux, Léa Tissier, Alexiane Torres et Sélim Zahrani
production Conservatoire national supérieur d’art dramatique
durée 2h

Bâtards (Petite forme éducative)
de Mathieu Desseigne-Ravel et Michel Schweizer
conception et interprétation Mathieu Desseigne-Ravel et Michel Schweizer
images Ludovic Alussi
son Nicolas Barillot
production La Coma, Naïf Production
coproduction SACD, Festival d’Avignon, Le Gymnase CDC Roubaix Hauts-de-France
avec l’aide du Théâtre d’Arles, La Villette-Paris, CDC-Les Hivernales
durée 40 minutes

L’éclosion des gorilles au cœur d’artichauts
de Jann Gallois et Lazare
conception et interprétation Jann Gallois et Lazare
production Cie BurnOut, Vita Nova
coproduction SACD, Festival d’Avignon
durée 40 minutes

Bestie di scena
de Emma Dante
mise en scène, conception, scénographie Emma Dante
lumière Cristian Zucaro
avec Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Alessandra Fazzino, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli, Gabriele Gugliara, Daniela Macaluso
production Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa, Atto Unico Compagnie Sud Costa Occidentale
coproduction Theatre Biondo de Palerme, Festival d’Avignon
avec le soutien de l’Institut culturel italien de Marseille pour la 71e édition du Festival d’Avignon
durée 1h15

Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire
conception, dramaturgie, chorégraphie Radhouane El Meddeb
collaboration artistique Moustapha Ziane
scénographie Annie Tolleter
musique Jihed Khmiri
lumière Xavier Lazarini
costumes Kenza Ben Ghachem
avec Sondos Belhassen, Houcem Bouakroucha, Hichem Chebli, Youssef Chouibi, Feteh Khiari, Majd Mastoura, Malek Sebai, Malek Zouaidi, Mohamed Ali Chebil (chant), Jihed Khmiri (piano)
production La Compagnie de SOI
coproduction Festival d’Avignon, Tandem Scène nationale Arras-Douai, Scène nationale d’Albi, La Villette (Paris), Cité musicale Arsenal de Metz, La Briqueterie Centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne, Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
avec le soutien de Institut français de Tunis, Groupe Caisse des Dépôts, Institut français – Théâtre Export, Conseil départemental du Val-de-Marne et pour la 71e édition du Festival d’Avignon : Adami, Fondation BNP Paribas
accueil studio Ballet du Nord Centre chorégraphique national de Roubaix Nord Pas de Calais, Tandem Scène nationale Arras-Douai
durée 1h

Festival d’Avignon
du 5 au 26 juillet 2017

http://www.festival-avignon.com

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