Histoire du soldat

Histoire Du Soldat

Presentation De Saison Radiant Bellevue 1491918495Fable méphistophélique, unicum dans l’œuvre du compositeur russe, l’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky selon Alex Ollé de La Fura dels Baus conquiert et dérange, soulage et plonge le spectateur dans un égarement aux voies diamétralement opposées.

[spoiler name=”Abstract: Italiano“]Per l’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky l’Opéra di Lione ha voluto che fosse lo sguardo del visionario Alex Ollé della Fura del Baus a scolpire la strana storia del soldato Joseph. L’odore di zolfo è intensissimo al Radiant-Bellevue durante tutta questa breve pièce, nonostante la splendida musica stravinskyana accarezzi l’orecchio dello spettatore. La discrasia mefistofelica agisce sull’opera dividendo in continuazione il senso. Se la musica e le parole sembrano percorrere strade diverse, anche l’interpretazione dell’ottimo Sébastien Dutrieux si allontana dal testo, e questo mentre la scena e le immagini proiettate non attivano alcun fenomeno di completezza ma di opposizione e di scarto. Una favola che vira in tragedia resistente al logos e alla chiarezza[/spoiler]

La voix de Sébastien Dutrieux envahit la grande salle du Radiant-Bellevue de Caluire-et-Cuire en sculptant un travail étrange et sulfurique. La matière vocale semble attaquer le spectateur, pour le griffer et le placer dans un état de curieux intérêt. L’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky reprend l’histoire de la vente de l’âme au diable, universellement connue grâce au personnage de Faust de Goethe et bien présente dans la littérature symboliste et décadente européenne de fin de siècle. Le livre de Charles Ferdinand-Ramuz se pose dans le sillage de cette littérature, mais nous sommes ici aux antipodes du Faust de Berlioz. Si le compositeur français étoffe une partition grandiose et sanglante, Stravinsky semble plutôt réaliser une opération de contraste faite de crissements et d’opposition entre texte et musique. Le récit décrit très bien le piège tendu par le diable et dans lequel le soldat tombe irrémédiablement. De retour de la guerre pour une permission, le soldat Joseph Ducroz croise un homme qui lui promet des grandes richesses en échange de son violon, qui recèle son âme. Le séjour chez celui qui se dévoilera être le diable, semble durer seulement trois jours mais bientôt Joseph se rendra compte que ces jours ne possèdent pas la même temporalité terrestre. Trois ans se sont écoulés en réalité et le village s’avère profondément changé. Personne ne reconnait plus le soldat, qui pour oublier sa tristesse, décide alors de plonger dans les richesses du livre magique offert par le diable, capable de prédire le futur.

Mais la musique raconte une autre histoire, faite d’envols, de légèreté et d’un futurisme musical agrémenté de jazz et de notes dissonantes. Rien de mauvais ne hante cette merveilleuse musique tandis que le texte dépeint une condamnation diabolique. Et c’est ici, dans cette étrangéité, dans cet écart de forme et de sens qu’Alex Ollé plonge avec sa mise en scène visionnaire, simple et incroyablement efficace dans cette nouvelle production de l’Opéra de Lyon. Si le texte et la musique forment déjà deux régimes de lecture, trois autres se rajoutent à cette structure. La scène se montre divisée, fendue en deux : l’orchestre prend place à l’étage tandis que l’action se développe en contrebas. Les notes de Stravinsky s’élèvent et plongent donc dans une immense chambre d’hôpital qui, bien que très étendue, dégage une sensation d’étouffante claustrophobie. En outre, le grand écran qui parcourt toute la scène envoie des images de tortures et de guerres hyper-contemporaines et envers lesquelles nous éprouvons un désagréable sentiment de détachement. Terribles, elles ont arrêté de nous toucher à cause de leur valeur désormais courante de quotidienneté terrifiante. Histoire du soldat selon La Fura de Baus insiste dans la directionnalité opposée propre à cette pièce, au point de créer un véritable déchirement interne et externe. Si musique et texte, paroles et images semblent prendre des chemins différents, le spectateur se retrouve bouleversé par cette mise en scène envoûtante et terrible : suivant le sort du soldat, nous sommes également condamnés à une suspension de sens dans la bifurcation de l’histoire. Joseph Dupraz partira-t-il dans les profondeurs de l’écran ou persistera-t-il, dans sa présence fantasmatique et éphémère, dans l’en-deçà invisible de notre regard ?

La question demeure sans réponse car, encore une fois, nous nous trouvons en présence d’un dilemme, d’une voie qui s’ouvre et qui se scinde. Le « diable » dérivé du grec Διάβολος, est « celui qui divise » : sa langue est donc celle d’un être dépareillant, coupant la vérité pour enfin la dissiper dans cette césure, tout comme l’étonnante séparation entre musique et texte d’Igor Stravinsky.

Spectacle vu le 26 avril 2018

Le spectacle a eu lieu :
Radiant-Bellevue
1 Rue Jean Moulin – Caluire-et-Cuire
mercredi 25, jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 avril 2018 à 20h, dimanche 29 avril à 16h

L’Opéra de Lyon, en coproduction avec l’Opéra de Lausanne et l’Opéra de Montpellier, et en coréalisation avec le Radiant-Bellevue, a présenté :
Histoire du soldat
d’Igor Stravinsky
livret de Charles Ferdinand-Ramuz
lue, jouée et dansée en deux parties
1918
en français
nouvelle production

mise en scène Alex Ollé/La Fura dels Baus
collaboration à la mise en scène Ramon Simo, Valentina Carrasco, Sandra Pocceschi
décors et costumes Lluc Castells
vidéo Emmanuel Carlier
lumières Elena Gui et Urs Shönebaum
son Josep Sanou
dramaturgie Valentina Carrasco, Ramon Simo, Àlex Ollé, Júlia Canosa
assistant à la mise en scène : Sandra Pocceschi
Orchestre de l’Opéra de Lyon

Narrateur/Soldat/Diable   Sébastien Dutrieux

durée 1h25

www.opera-lyon.com
radiant-bellevue.fr

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