Il était une fois

NinkasiLaibach s’est invité au Ninkasi de Lyon pour un concert divisé en trois actes profondément fascinants. Le groupe slovène a proposé un concentré de son esthétique et de son univers controversé dans deux heures de pure expérience totalisante

Spoiler

Due ore di esperienza totalizzante. Il gruppo sloveno Laibach ha affascinato il pubblico lionese del Ninkasi Gerland grazie ad uno spettacolo diviso in due atti (+finale). Se la prima parte è stata completamente consacrata all’ultimo lavoro della band, The Sound of Music (Mute, 2018) ossatura dei due concerti di Pyongyang del 2015, la seconda parte ha presentato un concentrato durissimo e rivisitato del loro passato più industriale e marziale. La coda finale propone un altro breve e intensissimo cammino all’interno della maestosa discografia dei Laibach, mostrando quasi un contrappasso del concerto, non aggiungendo un capitolo alla serata, ma congiurandolo definitivamente. Insomma, un concerto che ci segna profondamente

[riduci]

Accueillis par des sons bucoliques enregistrés, où vaches, oiseaux et cochons semblent dialoguer et broder une toile rassurante, nous attendons sagement dans l’atmosphère de noirceur de la salle du Kao. Le groupe fait son entrée à 20h30 précises, suivi par la merveilleuse chanteuse Marina Mårtensson. C’est elle qui trace les premières mélodies vocales avec l’envoutante The Sound of Music. L’élévation de la légèreté de sa voix reçoit immédiatement la punition attendue. Milan Fras se positionne juste à côté d’elle et sa voix des profondeurs plonge l’auditeur dans un maelström sans fond et sans fin. Le première partie se révèle complètement consacrée au dernier opus du collectif slovène, The Sound of Music (Mute, 2018), petite perle qui actualise la discographie de plus en plus étonnante de Laibach. Le titre de l’album reprend celui d’un long-métrage de Robert Wise de 1965 (traduit en français par La mélodie du Bonheur) qui possède une histoire très particulière et qui permet d’éclairer l’histoire récente du groupe. Le film retrace l’histoire familial des Von Trapp, une riche famille autrichienne fuyant le régime totalitaire nazi. Mais c’est moins l’histoire que son utilisation qui nous intéresse ici. Ce film à l’esthétique naïve et au discours sentimentaliste, est depuis longtemps inscrit dans les programmes scolaires de la Corée du Nord pour l’apprentissage de la langue anglaise. C’est par ce biais (et par l’infatigable travail relationnel du réalisateur norvégien Morten Traavik avec les autorités) que Laibach a pu parvenir à jouer dans deux concerts, le 19 et le 20 août 2015 au Ponghwa Art Theatre de Pyongyang. Les deux soirées avaient justement proposé plusieurs reprises de la bande sonore du film et le travail sur l’album éponyme a enfin permis aux fans de écouter une œuvre complète et parfaitement réussie. Ce soir, au Ninkasi, nous faisons l’expérience de ces morceaux contrastants, où la voix de Marina tente une élévation qui subit l’éternelle chute dans l’enfer grâce à la voix de Milan. Nous pouvons dire que c’est justement cette opposition de forces vectorielles qui fait de la nouvelle musique de Laibach sa véritable essence. La double directionnalité permet une stasis, la création d’un univers qui doit son existence à cette tension. Elle l’incarne et lui donne la forme extérieure dans l’expression. Rien n’est laissé au hasard, il n’y a rien d’aléatoire dans la proposition artistique des slovènes. Tout est calculé, jusqu’au dernier détail. C’est ainsi que le kitch est poussé à ses limites, comme dans My Favorite Things, où les images infantiles de My Little Pony se superposent à celles des boites de soupe Campbell’s de Warhol, le tout plongé dans des rappels de l’univers nord-coréen. La compactage d’un trop de kitch n’atteint pas l’explosion de l’image mais sa saturation. L’impact esthétique possède donc la force d’un entrelacs du passé et du présent, dans une stasis qui est, étymologiquement parlant, aussi « guerre civile ». La tension est donc maintenue dans l’horizon créatif de Laibach comme condition nécessaire à son existence même. Le double registre des voix radicalise toute la parabole de cet incroyable ensemble qui plonge ses racines dans le NSK (Neue Slowenische Kunst), collectif artistique bouillonnant des années 80s. L’esthétique totalitaire et militaire n’a jamais abandonné Laibach, et le travail de ces derniers années sur le régime nord-coréen ne trahit pas l’extrême, totale, hyper-adhésion et hyper-identification avec l’objet en cause. Il ne s’agit pas ici d’un partage de valeur et surtout pas d’une parodie. Avec Laibach nous n’avons pas une mise en question du régime ni un discours moralisant qui se concentrait sur la négativité d’un certaine démarche de gestion de l’état. Laibach ne provoque pas le système et n’accuse pas frontalement le pouvoir : il l’incarne profondément provoquant chez le spectateur un inquiétant mélange d’adhésion et de répulsion. Là, dans ce croisement paradoxal, repose la portée révolutionnaire de ce groupe slovène : élever le regard, le soulever pour le faire ré-agir.

La deuxième partie du concert, bien plus industrielle que la première, est un véritable concentré de l’histoire plus radicale, dure et plus appréciée par les fans du groupe. Six morceaux « historiques » revisités qui violentent le spectateur et qui s’achèvent sur l’épique Ti, Ki Izzivaš. Puis il sera temps de quatre encore entre une reprise de Sympathy for the Devil de Rolling Stones, leur personnelle version de La Marseillaise (Francia, tiré de l’album des reprises d’hymnes nationaux Volk, Mute 2006), la très r’n’b The Coming Race (qui se termine sur un merveilleux « And let’s make Earth great again » et une encore plus étonnante version country de Surfing Through the Galaxy. Un concert puissant chargé des toutes les contradictions de la contemporanéité et du lourd passé de l’Europe. Un show insoumis et qui résiste à toute récupération car il soulève le drame de l’image dans la question politique pour s’arrêter juste avant tout procédé de déconstruction.

Le concert a eu lieu :
Ninkasi Gerland
267 Rue Marcel Mérieux – Lyon
mercredi 27 mars 2019 à 20h30

Le Ninkasi Gerland et Médiatone ont présenté :
Laibach

Set
Acte I
The Sound of Music
Climb Ev’ry Mountain
Do-Re-Mi
Edelweiss
My Favorite Things
The Lonely Goatherd
Sixteen Going on Seventeen
So Long, Farewell
Maria/Korea
Arirang

Intermezzo

Acte II
Mi kujemo bodočnost (Revisited)
Smrt za smrt (revisted)
Nova Akropola (Revisited)
Vier Personen (Revisited)
Krvava Gruda – Plodna Zemlja (Revisited)
Ti, Ki Izzivaš (Revisited)

Encore
Sympathy for the Devil
Francia
The Coming Race
Surfing Through the Galaxy

www.ninkasi.fr
www.laibach.org

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