Une création libre et éphémère

Ce dimanche 23 juin, Vincent Segal a convié quelques amis musiciens pour un salon convivial et intime. Le résultat a assumé les allures d’un événement de rare liberté offert au public des Nuits de Fourvière

Quelques amis, des instruments de toute sorte, des évocations de lieux proches et lointains et une ambiance détendue et envoûtante, tel est le matériel qui a constitué la base de cette étonnante soirée d’été des Nuits de Fourvière concoctée par Vincent Segal et qui célébrait les 15 ans du label Nø Førmat!. La scène de l’Odéon s’est transformée, l’espace d’une soirée, en un salon intime et convivial, dont le centre magmatique a été formé par ces amis-musiciens qui ont répondu à l’appel du violoncelliste, afin de concevoir un espace de création et d’improvisation dans le ventre de la colline de Fourvière. Le son fascinant de la kora de Ballaké Sissoko s’est élevé et mêlé aux lignes mélodiques que Segal a su dessiner avec délicatesse. La voix de Piers Faccini s’est libérée sur l’Odéon et sa présence fragile nous a ramené immédiatement à la bouleversante Nuit italienne de 2013 quand nous découvrîmes, grâce à Vincent Segal, ce magnifique musicien italo-anglais qui fit subitement brèche dans nos cœurs de passionnés de musique. Gérald Toto, avec ses délicates boucles d’inspiration drakienne, a créé des petits tourbillons de matière sensible et envoûtante. Sa voix linéaire définit un univers de signes et de symboles signifiants avant de nous emporter loin de Lyon dans un lieu dont la géologie musicale possède les traces du Brésil et de l’Afrique.

Vincent Segal se positionne un peu en retrait par rapport à ses amis : il organise, il gère ce capital incroyable de génie musical, il lance des inputs, des idées exigeant la pleine liberté de ses acolytes. Comme lorsqu’il demande au saxophoniste Emile Parisien : « Emile, fais ce que tu veux, mais à un moment donné tu nous amène à Naples ». Detto, fatto. Après avoir défini les lignes du monde musical qui nous embrassera, l’image de Naples surgit comme une évidence naturelle et Piers Faccini improvise sur l’air de « C’aggio perduto ‘o suonno ».

Vincent Peirani et Emile Parisien évoquent des histoires du jazz traversant tant les époques que les lieux suivant la folie du vol du bourdon, et des enchainements inattendus et presque oxymoriques se réalisent comme pour défier certaines règles de l’équilibre de l’univers évènementiel. L’onirique improvisation de Ballaké Sissoko et de sa kora est suivie par la remarquable performance aux percussions de Lucie Antunes interprétant Psappha de Iannis Xenakis. La soirée pourrait se terminer sur cette juxtaposition impossible mais Vincent Segal se régale et demande à ses musiciens de se lancer dans un autre défi : celui d’interpréter la grammaire de la musique minimale mais à travers des instruments acoustiques : un défi assumé et parfaitement réussi.

Piers Faccini caresse alors l’auditoire avec sa Black Rose, puis il est temps de plonger dans le monde de Sidney Bechet avec Casbah (Song of the Medina) avant de se perdre dans les sons esthésiques qu’un très cher ami, joueur de duduk, évoque sur scène. Le concert s’achève avec une « tarentelle napolitaine » non conventionnelle, dans l’esprit de cette soirée qui ressemble à un être nocturne sauvage et libre.

Le spectacle a eu lieu :

Odéon – Parc Archéologique de Fourvière
6 rue de l’Antiquaille – Lyon
dimanche 23 juin 2019 à 21h

Le festival Les Nuits de Fourvière a présenté
Le salon de musique de Vincent Segal
avec Vincent Segal, Ballaké Sissoko, Piers Faccini, Gérald Toto, Vincent Peirani, Emile Parisien et Lucie Antunes
www.nuitsdefourviere.com

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