Psychologie et patriotisme chez Verdi

Les Siecles Romantiques LogoLe corps-à-corps entre Verdi et le chef d’orchestre Jean-Philippe Dubor a sculpté le deuxième (et malheureusement dernier) rendez-vous annuel des Siècles Romantiques à la chapelle de la Trinité entièrement consacré aux chœurs du Macbeth et de La forza del destino

Abstract Italiano

Il periodo estremamente particolare che stiamo attraversando impone un momento di arresto e ricapitolazione. Lo sguardo non si dirige più verso un futuro che è diventato incerto e in discussione, ma piuttosto verso il passato, verso la nostra esperienza vissuta. La direzionalità dello sguardo della nostra vita si comporta come una tensione che si sviluppa in un movimento di continuità inversa. Questo gesto si interrompe improvvisamente di fronte ad eventi la cui esperienza non è stata tradotta in parole, non avendo trovato la sua giusta collocazione in un tempo capace di contenere l’impossibile traduzione ecfrastica. Ci avviciniamo quindi al concerto Les Chœurs de Verdi che ha avuto luogo domenica 16 febbraio nell’affascinante cornice della Cappella della Trinità di Lione, con un sentimento di incompletezza che richiede la sua realizzazione. Il direttore artistico Jean-Philippe Dubor ha presentato l’incontro annuale tra coro e pianoforte per il suo fedele pubblico ma nulla suggeriva che questo secondo concerto della nuova stagione dei Siècles Romantiques, dopo la magnifica serata beethoveniana del 27 novembre scorso, sarebbe stato anche l’ultimo. Il programma annunciava una serata dedicata ai cori di due tra le opere più affascinanti del cigno di Busseto: Macbeth e La forza del destino.

[riduci]

La période très particulière que nous sommes en train de traverser nous impose un temps d’arrêt et de récapitulation. Le regard ne se dirige plus vers un futur devenu incertain et interrogatif, mais plutôt vers le passé, vers notre expérience vécue. La directionnalité du regard de notre vie agit comme une tension se déployant dans un mouvement de continuité à rebours. Ce geste s’arrête, subitement, face à des événements dont l’expérience ne s’est pas traduite en mots, n’ayant pas trouvé sa juste collocation dans un temps apte à contenir l’impossible traduction ekphrastique. Nous abordons  donc le concert « Les Chœurs de Verdi » du dimanche 16 février dans le fascinant cadre de la Chapelle de la Trinité de Lyon avec un sentiment d’incomplétude exigeant sa réalisation. Le directeur artistique Jean-Philippe Dubor présentait le rendez-vous annuel chœur/piano pour son fidèle public et rien ne laissait imaginer que ce deuxième concert de la nouvelle saison des Siècles Romantiques, après la grandiose soirée Beethoven du 27 novembre, allait, malheureusement, en incarner le dernier. Le programme annonçait une soirée consacrée aux chœurs du « Cygne de Busseto » des deux parmi ses plus beaux opéras : Macbeth et La forza del destino.

Macbeth représente le premier vrai et intense rapport avec l’œuvre de Shakespeare (plus tard, nous aurons Otello en 1887 et Falstaff en 1893) et dans cet opéra Verdi cherche à bâtir ce qu’on pourrait définir comme un « opéra psychologique ». « Io voglio fare una cosa che non voglio si giudichi dopo una sera è bella è brutta » : dépasser la dualité des opposés et la clarté des personnages. Le compositeur s’apprête à créer un travail musical, littéraire et vocal axé sur les passions et les sentiments qui se déroule dans un horizon d’intense interrogation personnelle, où les personnages ne demeurent pas figés dans une description définitive mais subissent évolutions et involutions psychologiques. Bien avant Freud, Verdi semble ici aborder un setting analytique avec ses personnages dont Lady Macbeth se révèle être la première patiente. Créé au Teatro della Pergola de Florence (la ville italienne la plus exigeante de l’époque) le 14 mars 1847, l’opéra subira une grande réécriture pour la deuxième version, aujourd’hui plus connue, présentée le 19 avril 1865 au Théâtre Lyrique de Paris.

L’ouverture inaugurant la soirée est magistralement interprétée au piano par Laudry Chosson avec acuité et justesse. Mais très bientôt, avec l’air de Lady Macbeth, Vieni ! T’affretta, nous accueillons la voix qui, entre toutes, nous fascinera et nous accompagnera toute la soirée : celle de Vanessa Bonazzi. La soprano lyonnaise d’origine italienne, révèle immédiatement une très intense présence vocale et scénique et sa puissance s’accorde naturellement avec l’exigence chorale verdienne. Le chœur des sicaires de l’acte II est exécuté sur un pianissimo surveillé de très près par le chef Dubor, et les deux chœurs suivants, celui des sorcières et celui des ondines, se positionnent dans une claire opposition. Si le premier semble traduire en musique les formules propres du monde obscur, la musique et les voix chorales du deuxième interviennent pour rééquilibrer le sens de la composition dans la finesse et l’élégance. La première partie se clôt avec une attention toute particulière consacrée au dernier acte de l’opéra. Patria oppressa atteint un rare degré de beauté grâce à un chœur mixte avec piano qui magnifie la composition verdienne. Un surplus de beauté s’ajoute à la somme de ses parties, notamment dans l’interprétation de Jean-Philippe Dubor du sentiment de profonde douleur et d’esprit patriotique. L’air Una macchia ; qui tuttora s’avère être le chef-d’œuvre de Vanessa Bonazzi. Son équilibre traduit une maturité et une assurance rares, sa richesse vocale est libre et pourtant constamment maîtrisée, démontrant une sprezzatura dont le naturel consacre l’une des réussites de la soirée. Le chœur final Vittoria ! marque la fin de la première partie justement célébrée par les vigoureux applaudissements du public.

La deuxième partie est entièrement dédiée aux chœurs de La forza del destino, une commande du Théâtre Imperial de Saint-Pétersbourg et dont la création, le 10 novembre 1862, fut accueillie avec un cordial consensus (Verdi se repenchera sur l’orchestration et sur le livret pour une deuxième version, présentée à la Scala sept ans plus tard). Il est nécessaire de situer l’opéra sur le fond des événements politiques de l’époque. Durant le mois de janvier 1861, le comte Camillo Benso de Cavour, envoie une missive à Verdi afin que ce dernier accepte la candidature pour les élections à la Chambre des Députés. Le compositeur remportera l’élection au deuxième tour et sera ainsi élu en tant que député du Parlement du Royaume de Sardaigne (devenu « du Royaume d’Italie » un mois plus tard). L’acceptation de cette candidature était notamment liée à la demande précise du compte et le compositeur n’hésitera pas à déclarer qu’il avait accepté cela « à pacte de pouvoir démissionner deux mois plus tard ». Il ne faut surtout pas voir dans cela un total dédain envers la cause nationale mais, au contraire, un engagement profond malgré toute la réticence à représenter l’élan patriotique, un acte de grande estime envers le comte et son projet, un engagement nominal qui ne perturbera pas son projet personnel de compositeur romantique. L’invitation en Russie représentait, sur ce fond de complexes relations politico-culturelles, la possibilité d’un retour au travail propre du musicien. Verdi demande ainsi à son librettiste Francesco Maria Piave une réduction du Don Alváro du dramaturge espagnol Angel Perez de Saavedra, duc de Rivas mais il recourt aussi à Andrea Maffei, comme il l’avait fait pour Macbeth, afin de lui demander l’insertion des certains extraits de sa traduction de Wallensteins Lager de Shiller. Le résultat ne satisfera pas complètement Verdi et pour cette raison le compositeur reviendra quelques années plus tard sur cette œuvre avec la participation d’Antonio Ghislanzoni afin de revoir, particulièrement, l’ouverture et le final de l’opéra, dépotentialisant l’anathème et offrant un sens religieux plus évident.

Laudry Chosson peint une ouverture exceptionnelle, d’une extrême élégance et finesse, pendant parfait de l’ouverture de Macbeth. Nous avons assisté ensuite au dialogue entre Charlie Glad et Elena Sommer: le baryton se révèle précis et mesuré et le mezzo s’impose avec autorité et fierté, spécialement dans les échanges entre Preziosilla et le chœur. Bardassar Ohanian, dans le rôle du gardien, plonge dans la profondeur obscure et sa voix interprète parfaitement la sentence de malédiction : une voix performative. Le final de la scène 2 de l’acte II s’ouvre soudain à la lumière de la La Vergine degli Angeli grâce à une Vanessa Bonazzi resplendissante. Le choix des chœurs du chef Dubor est tombé ensuite sur le surprenant acte III, un univers musical et scénique complètement différent, unicum dans le panorama opératique, sorte de « pause » au cœur de l’action pour permettre la respiration de l’esprit. La Preziosilla d’Elena Sommer demeure impénétrable, austère, profondément noble. Jean-Christophe Dantras-Henry esquisse un Trabuco bouffe, léger, dont le traitement parait presque mozartien. Le Rataplan ! clôt le concert dans une ambiance qui semble annoncer l’élan et la fascination militariste futuriste d’un demi-siècle plus tard.

Le concert a eu lieu :
Chapelle de la Trinité
29-31 rue de la Bourse – Lyon
dimanche 16 février 2020 à 20h

Les Siècles Romantiques ont présenté :
Les Chœurs de Verdi
Extraits de Macbeth et La forza del destino
chœur, solistes et piano

Landy Chosson piano
Elena Sommer mezzosoprano
Bardassar Ohanian baryton
Charlie Glad baryton
Jean-Christophe Dantras-Henry ténor
Julien Henric ténor
Jean-Philippe Dubor direction

www.lessieclesromantiques.com

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