Entre suspension et le dernier choix possible avant l’abîme

Si MINUIT de Yoann Bourgeois est l’extrême tentative de représenter le monde à travers ce qu’il y a de plus imperceptible et aérien, à voir, l’équilibre, Cementary de Patricia Apergi nous montre la faille qui s’ouvre à l’intérieur de notre regard d’occidentaux.

Spoiler

Il Festival Sens Dessus Dessous proposto dalla Maison de la danse di Lione si apre con due pièces che mescolano impegno politico e poesia. Se MINUIT di Yoann Bougeois lavora sulla corporalità e sulla sospensione che la fa tremare, Cementary di Patricia Apergi ci parla sullo sguardo che portiamo sui migranti di tutto il mondo. Eleganza e profondità segnano profondamente l’apertura di questo festival.

[riduci]

MINUIT – Tentatives d’approches d’un point de suspension est une merveilleuse réflexion visuelle sur le concept d’équilibre et de suspension. À la Maison de la danse, le jongleur Yoann Bourgeois nous a offert six pièces qui s’enlacent et qui se fondent les unes dans les autres, à travers des passages brusques et d’autres bien plus tempérés. Entre hilarité, jeux visuels et une immense poésie, l’acrobate, acteur, jongleur, danseur, metteur en scène (et beaucoup plus) grenoblois bannît la voix comme moyen de communication pour lui redonner sa valeur hypnotisante et de pure rêverie. L’élégante voix de Laure Brisa, accompagnée par les sons répétés, grinçants et délicats de sa harpe, nous a plongés dans un univers riche où le temps et l’histoire possèdent un temps saccadé et non linéaire. Une série de flashs qui ouvrent la composition, laissant de côté la danse pour tester le mélange de plusieurs moyens d’expressions. Le studio s’écroule mais sans jamais atteindre le disparition complète. La musique agît comme salvatrice et comme collant qui compacte et sauve l’intégrité de ceux qui agissent sur scène. Le monde se base sur un équilibre subtil et élégant que nous n’apercevons pas dans le quotidien et que Yoann Bourgeois a senti la nécessité de représenter.

La pièce de Patricia Apergi possède une esthétique très soignée et nous montre une petite patrouille de six personnages à la recherche de quelques chose. Des fous rires éclatent sans une vraie raison, une gestualité insistante et continue habille les personnages mais la compréhension de ce que nous voyons nous échappe. Nous avons l’impression d’assister à un débarquement de six extraterrestres qui arrivent sur la planète Terre et cherchent à comprendre les mécanismes de notre système, nos langues, nos gestualités. Nous, les terrestres, essayons de traduire ce qu’on voit sur scène mais nous avons du mal à interpréter cette nouveauté. Oui, il s’agit bien de représentants d’un peuple que nous ignorons. Et là, au moment où nous avons décidé qu’il s’agit bien de présences aliènes, nous nous apercevons que ces êtres sont, en vérité, ce que nous n’avions pas vu, et pourtant, c’était si évident. La vérité était bien devant nos yeux mais notre cerveau proposait une sorte de refus, de rejet. Non pas extraterrestres, mais bien terrestres, hommes et femmes, comme nous. Seulement étrangers. Réfugiés, pour la précision. Le racisme propre de notre œil nous dégoute et nous fait réfléchir à notre façon d’appréhender le monde, de le regarder et de le diviser, à travers un processus de rangements en cases préétablies. L’autre, le divers, n’est donc pas autre chose que nous-même, notre corps et notre gestualité, nos yeux et nos envies, nos désirs. Voici que la pièce fantastique de Patricia Apergi présentée au Toboggan de Décines-Charpieu se montre dans toute son actualité, sa force bouleversante et son engagement politique : la nue vérité. Quelle est la place que les autres, ceux qui viennent de loin et qui sont porteurs d’une autre culture, possèdent à l’intérieur de notre regard ? Il s’agit d’une place dérangeante, qui bouleverse notre monde et nos convictions. Et là, dans la faille qui s’ouvre à l’intérieur de ce regard, nous avons la possibilité de choisir : être humain ou être nazis.

Les spectacles continuent :
Maison de la danse
8 avenue Jean Mermoz – Lyon
dimanche 5 mars 2017 à 15h00, lundi 6 à 19h30 et mardi 7 à 20h30

YOANN BOURGEOIS / CCN DE GRENOBLE – MINUIT Tentatives d’approches d’un point de suspension
2014
4 artistes
mise en scène Yoann Bourgeois
avec la complicité de Laure Brisa et Marie Fonte
musique Laure Brisa, Philip Glass
création sonore Antoine Garry
lumière Jérémie Cusenier
production déléguée CCN de Grenoble – codirection Yoann Bourgeois et Rachid Ouramdane en coproduction avec la Compagnie Yoann Bourgeois, Tandem Scène Nationale – Arras-Douai, Agora Centre Culturel PNAC – Boulazac Aquitaine

Le Toboggan
14 Avenue Jean Macé – Décines-Charpieu
mercredi 8 et jeudi 9 mars 2017 à 20h30

PATRICIA APERGI / AERITES DANCE COMPANY – Cementary
Création 2017
6 danseurs
chorégraphie Patricia Apergi assistée de Dimitra Mitropoulou
composition musicale Vassilis Mantzoukis
costumes Vassiliki Syrma
lumière Nikos Vlassopoulos
set Dimitris Nassiakos
production : Onassis Cultural Centre Athens en coproduction et résidences : Maison de la Danse dans le cadre du Pôle Européen de Création, Centro de Criação de Candoso – Guimaraes, O Espaco do Tempo – Montemor-o-Novo
avec le soutien de Hellenic Ministry of Culture and Sport

La Maison de la danse présente
Festival Sens Dessus Dessous
du 5 au 18 mars 2017

programmation complète: www.maisondeladanse.com

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