Devenir-animal à l’italienne

Pour la troisième fois dans cette édition, l’Italie a été à l’honneur dans le festival lyonnais des Nuits de Fourvière. Une soirée à deux visages, le premier intimiste et légèrement extravagant du duo Musica Nuda, le deuxième profondément visionnaire et inquiétant de Vinicio Capossela.

Spoiler

Dopo i primi due appuntamenti con il nostro Paese, insieme a Paolo Conte, a Stefano Bollani e Richard Galliano, il festival lionese delle Nuits de Fourvière ha regalato un’altra splendida serata di musica. La terza “nuit italienne” ha visto, infatti, prodursi Musica Nuda, l’eclettico duo formato da Petra Magoni e Ferruccio Spinetti, che ci ha fatto viaggiare tra eleganti sonorità jazz e “leggere”, blues o eminentemente rock, mostrando, ancora una volta di più, la bravura tecnica, l’afflato camaleontico e l’innato charme di una particolare concezione “denudata” della musica. La seconda parte della serata ha visto lo svolgersi di un rituale collettivo diretto dallo sciamo Vinicio Capossale, dove l’identificazione di un riferimento geografico particolare (l’Irpinia) viene trasceso per sprofondare nelle interiora di processi rituali comuni e dimenticati, umbratili, trasversali a tutte le culture e ammantati da un velo d’oblio. Una serata eccezionale della quale lamentiamo solamente la scarsa attenzione e il malcelato disinteresse dei quali hanno fatto prova una parte del pubblico

[riduci]

Si l’histoire d’amour entre Musica Nuda et la ville de Lyon remonte au début des années 2000 avec le premier concert au Hot Club, celle avec le festival Les Nuits de Fourvière ne cesse pas de se répéter avec succès. Petra Magoni, la voix de cet élégant duo que nous avons pu apprécier le mois dernier dans un Don Giovanni androgyne, et son binôme, le contrebassiste Ferruccio Spinetti, ont dessiné un concert frais et élégant. Ouverte par une version d’une intense douceur de Speak Low, la soirée est l’occasion de présenter le dernier travail de cette idylle musicale, Leggera, où le titre est une très claire référence à la variété italienne (la « musica leggera ») dans le sens le plus calvinien possible. Et voici deux extraits de cet album : Tu sei tutto per me, morceau qui continue la délicatesse initiale tandis que dans Condizione imprescindibile la voix de Petra acquiert force et commence à s’envoler pour dessiner les lignes d’une soirée particulièrement riche. La suivante Ain’t No Sunshine permet à la soirée de virer vers des notes plus blues et Lei colorerà est un petit chef-d’œuvre de coloratura, où même les sons de la nature (dans ce cas particulier, le chant d’un corbeau voltigeant sur la colline de Fourvière) sont intégrés dans la création artistique. Il s’agit d’un symptôme d’un devenir-animal deleuzien qui se concrétise dans la suivante Mirza, du génois Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, mieux connu sous le nom de Nino Ferrer. Si le duo italien s’est fait connaitre, aux débuts de son histoire, grâce à des reprises originales des chansons célèbres, ce concert lyonnais a proposé une véritable mise en abyme avec Tutto nero, version italienne chantée par Caterina Caselli en 1966 de Paint It Black des Rolling Stones. Le devenir-animal se transforme en devenir-instrument avec la voix de Petra qui se lance dans un rapport physique avec la contrebasse de Ferruccio. Il reste du temps pour des citations beatlesiennes (Norwegian Wood, Blackbird), napolitaines (Dimane), jazz (Nature Boy) et pour voir Ferruccio abandonner, avec très grande surprise, sa contrebasse pour une guitare (Ti darò). La nocturne et émouvante La canzone dei vecchi amanti en version bilingue clôture une première partie de soirée parfaite et leggera.

Une pause s’impose avant de passer à la puissante et sombre deuxième partie avec Vinicio Capossela. C’est la troisième fois (de suite) que Dominique Delorme, directeur du festival, invite le génial artiste italien : une insistante et clairvoyante vision qui n’est pas soutenue par le public, distrait et peu respectueux. Un concert conçu comme le deuxième volet du projet concrétisé par l’album sorti l’année dernière, le magnifique Canzoni della cupa. Un deuxième moment développé autour de l’ombre tandis que le premier, présenté en 2016 toujours dans l’Odéon de Fourvière, s’organisait autour de la poussière. Et l’ombre s’allonge sur toute cette soirée qui parle de petites histoires de village, de rêves, de cauchemars, de figures mythiques, de fantômes, de rituels, de croyances. Oui, cette soirée parle de l’Homme et de ses peurs, et peu importe si cela n’est pas accompagné par des sous-titres. Le monde de Vinicio est un monde complexe et impénétrable : il ne s’agit pas de rentrer dans sa vision à travers une action autoritaire, de lecture active, mais d’en être investi, complètement. Aucune immersion mais une infinie, étouffante, païenne tourmente esthétique. Nous sommes les victimes sacrificielles d’un rituel auquel nous avons voulu participer. Partir, c’est lâche.

Voici les musiciens déguisés en animaux étranges, dissimulés par un écran de toile semi-transparente. C’est un théâtre d’ombres où l’aspect sonore prend la forme d’une musique de western-spaghetti et où les figures ne sont pas parfaitement reconnaissables. C’est Scorza di mulo. L’enchantement commence avec une véritable gifle sonore et quand nous rouvrons les yeux les images sont encore moins précises. Peu à peu, les ombres semblent prendre la forme de loups-garous, d’animaux totémiques, de sorciers. Nous nous retrouvons parmi des petites ruelles sombres, les cupe, d’une Irpinia lointaine et oubliée, où la spiritualité assume des formes païennes dans le cœur de la chrétienté (La Notte di San Giovanni, L’angelo della luce) et la vie pastorale se démontre moins bucolique et bien plus inquiétante de ce qu’on s’attendait (La bestia del grano). La Grèce la plus animalière et païenne nous violente avec Brucia Troia et Dimmi Tiresia. Oui, le bestiaire de Vinicio est obscur, exactement comme cet incroyable concert qui ne cesse pas d’augmenter l’emprise chamanique sur les auditeurs-victimes. La douceur de Le sirene semble rompre l’enchantement mais il s’agit, encore une fois, d’une hallucination : le chant des sirènes c’est justement le sortilège qu’il lui faut pour faire en sorte que nous traversions la rivière que nous condamnera : l’Achéron. Et voici que la deuxième partie appelle à la présence Modì, un Marajà, une prostituée (Pettarossa), avant de monter sur Il Treno conduit par Sergio Leone qui nous dépose à une fête de village pour danser Il ballo di San Vito, tarentelle malade et effrénée. L’enchantement se rompt : l’écran tombe, nous aussi, épuisés Vinicio et ses extraordinaires musiciens s’en vont pour revenir peu après, accompagnés par la « sirène » Petra, voix qui résonne à celle de Vinicio dans Pryntyl, avant de nous saluer avec la magnifique Con un rosa, remède qui dissipe les ombres et dessine sur nos visages un sourire inattendu et léger.

Le spectacle a eu lieu :
Odéon – Parc Archéologique de Fourvière
6 rue de l’Antiquaille – Lyon
dimanche 23  juillet 2017 à 20h30

Le festival Les Nuits de Fourvière a présenté
Musica Nuda + Vinicio Capossela

Set Musica Nuda

Speak Low
Tu sei tutto per me
Condizione imprescindibile
Ain’t No Sunshine
Lei colorerà
Mirza
Tutto nero
Amazing Grace
Felicità/Norwegian Wood
Dimane
Blackbird
Ti darò
Nature Boy

Encore
La canzone dei vecchi amanti

Set Vinicio Capossela

Scorza di mulo
Il pumminale
Maddalena la castellana
La notte di San Giovanni
L’angelo della luce
La bestia nel grano
Brucia Troia
Dimmi Tiresia
Le sirene
Parla piano
Modì
Il corvo torvo
Scivola vai via (rebetiko)
Marajà
Faccia di corno/Sonetti/Pena dell’Alma
Pettarossa
L’acqua chiara alla fontana
Lo sposalizio di Maloservizio
Il treno
Il Ballo di San Vito

Encore
Pryntyl
Con una rosa

www.nuitsdefourviere.com

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