Transfigurer l’horreur de la guerre

Récemment élu « Best Opera Company 2017 » lors de la cérémonie des International Opera Awards au Coliseum de Londres, et « Opernhaus des Jahres » par le mensuel allemand Opernwelt, le théâtre lyonnais était confronté à une très grande pression créée par ce climat de fête et de célébration. Les attentes n’ont pas été déçues et le War Requiem de Benjamin Britten, dans la géniale mise en scène de Yoshi Oida et dirigé par le nouveau chef permanent de l’orchestre de l’Opéra, Daniele Rustioni, a touché le sommet de la beauté engagée et dramatique du langage artistique

Spoiler

Dopo aver ricevuto l’importantissimo titolo di “Best Opera Company 2017” agli International Opera Awards di Londra e la menzione di “Opernhaus des Jahres” da parte della rivista specializzata tedesca Opernwelt, l’Opéra di Lione apre la nuova stagione operistica con la messa di Benjamin Britten War Requiem, in una nuovissima produzione sotto la regia di Yoshi Oida e diretta da Daniele Rustioni. Il risultato è di una bellezza devastante, sofferta, durissima. Un capolavoro visivo e musicalmente impeccabile che ha incontrato un grandissimo (e meritatissimo) successo di pubblico e di critica

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Travail intemporel qui tisse des liens surprenants, mais profondément sincères, entre des scène de guerres et de violences provenant des plusieurs époque, le War Requiem imaginé par Yoshi Oida est le lieu visuel où les pathosformeln du sacrifice d’Abraham se nouent avec les images de la récente Seconde Guerre mondiale (l’œuvre de Britten date de 1962), dans une résonnance de souvenirs de la Première Guerre (dont le poème d’Owen What passing-bells, confié ici au ténor Paul Groves). Le metteur en scène japonais a conçu un dispositif scénique extraordinaire qui a inauguré la nouvelle saison de l’Opéra de Lyon posant une question tant nécessaire que dérangeante : comment regarder la guerre ? Il s’agit d’une question dépourvue de tout sujet identitaire ou nationaliste, et qui touche le fond même de l’humanité : comment se poser devant l’horreur, inévitable et déshumanisant, de la haine qui produit ces horreurs ? Oida ne donne pas une réponse univoque, mais il suggère quelques possibles positions à assumer devant les conflits. Comme celle des enfants qui assistent à la scène à l’intérieur de l’opéra, tandis que leur regard reste à jamais étranger, extérieur, non-impliqué. Leur présence, sur le plateau, demeure bouleversante et nous dit quelque chose inhérent au regard qu’il faudrait assumer devant les guerres. « Nous ne pouvons pas empêcher les guerres, mais nous pouvons écouter le silence ». Un silence qui est aussi celui des dépouilles des morts de la guerre qui apparaissent  rapidement sur le fond de la scène : appréhender un regard silencieux face à l’horreur.

Dans le Dies Irae, la composition prend corps, mais il s’agit d’une corporéité tragique qui résonne dans la violence de l’orchestre et dans la voix de la soprano (Ekaterina Scherbachenko). La condamnation de la guerre passe aussi par l’appel à la divinité, au Juge suprême qui poursuivra les coupables.

Ce War Requiem possède une esthétique radicale, puissante, vibrante qui traverse la transcendance du travail artistique. L’univers sombre et presque gothique, les voix angoissées et angoissantes, les sursauts musicaux éclatants, participent à une messe transposée en opéra dont le lyrisme sombre permet à l’humanité souffrante de s’exprimer, comme dans le cas de la solitude de l’espoir dévasté du ténor et dans la miséricorde du baryton (Lauri Vasar) qui accepte sa propre mort et le sommeil éternel.

Parmi les plus belles surprises de cette nouvelle production, nous avons été conquis par un chœur extraordinaire, dirigé par Geneviève Ellis, instrument capable de maintenir la tension grave de l’œuvre de Britten grâce à une série incessante de vague de présences fantomatiques qui se concrétisent comme les figures du chœur grec.

La direction de Rustioni a été impeccable, riche et particulièrement intense dans les passages les plus délicats de l’opéra, présage d’une collaboration très fructueuse entre le théâtre lyonnais et le chef italien.

Si, à juste titre, l’Opéra de Lyon a été finalement reconnu comme un lieu de création parmi les plus importants du monde entier, cette nouvelle production démontre que ce rôle est non seulement pleinement mérité mais que cela demeurera longtemps comme une évidence.

Spectacle vu le 17 octobre 2017

Le spectacle a eu lieu :
Opéra de Lyon
1 Place de la Comédie – Lyon
lundi 9, mercredi 11, vendredi 13, mardi 17, jeudi 19 et samedi 21 octobre 2017 à 20h00, dimanche 15 octobre 2017 à 16h00

L’Opéra de Lyon a présenté
War Requiem
de Benjamin Britten
texte de la Messe pour les Morts et poèmes de Wilfred Owen
1962
en latin et en anglais
nouvelle production
direction musicale Daniele Rustioni
mise en scène Yoshi Oida
décors Tom Schenk
costumes Thibault Vancraenenbroeck
lumières Lutz Deppe
chorégraphie Maxine Braham
baryton Lauri Vasar
ténor Paul Groves
soprano Ekaterina Scherbachenko
orchestre, chœurs et maîtrise de l’Opéra de Lyon

durée : 1h15 sans entracte

www.opera-lyon.com

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