Adriana Lecouvreur

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Adriana Lecouvreur, articolo di "Fabrizio Migliorati" su Persinsala Teatro
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Cyrille Cauvet Opéra De Saint Etienne.
© Cyrille Cauvet / Opéra de Saint-Étienne

Adriana Lecouvreur
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L’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea retrouve sa splendeur à l’Opéra de Saint-Etienne grâce à une mise en scène qui travaille la temporalité historique et une direction musicale ponctuelle et sobre. Sans aucun doute, notre plus belle découverte de ce début d’année Compositeur à la mode de son temps, le nom de Francesco Cilea se réduit …

Le vérisme plongé dans une temporalité bidirectionnelle

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Opéra Saint-EtienneL’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea retrouve sa splendeur à l’Opéra de Saint-Etienne grâce à une mise en scène qui travaille la temporalité historique et une direction musicale ponctuelle et sobre. Sans aucun doute, notre plus belle découverte de ce début d’année

Abstract: Italiano
L’Adriana Lecouvreur di Francesco Cilea ritrova il proprio splendore grazie all’Opéra di Saint-Etienne. Agli ordini di un ottimo Francesco Maria Carminati, i cantanti e l’orchestra si sono superati per una prova che rimarrà a lungo nella nostra memoria. La regia del nostro Davide Livermore ha complicato la temporalità intrinseca dell’opera (ambientata nel XVII secolo) aprendo un fronte verso il futuro con l’intervento di soldati ed elementi della prima guerra mondiale. Sentori di decadentismo hanno accarezzato una macchina scenica intelligente e funzionale, capace di alternare movimenti e staticità producenti effetti anche sull’azione degli attori. Ottimi i cantanti, a partire dall’eterea Béatrice Uria-Monzon alle prese, alla sua prima, con il ruolo di Adriana, fino Marc Scoffoni (un sofferto Michonnet) e Virgile Ancely (l’elitario principe de Bouillon), passando, ovviamente, per l’elegantissimo Sébastien Guèze (Maurizio) e la flamboyante Sophie Pondjiclis (la principessa de Bouillon)

Compositeur à la mode de son temps, le nom de Francesco Cilea se réduit aujourd’hui à la seule Adriana Lecouvreur tandis que ses autres quatre opéras ont malheureusement rencontré le vortex temporel de l’oubli. Le travail présenté avec un énorme succès au Teatro Lirico de Milan en 1902, sur livret d’Arturo Colutti, s’il a pu échapper au trou noir de l’histoire, n’est pas épargné d’une persistante distraction de la part des directeurs.

Pourtant la musique se montre extrêmement élégante et elle résiste à toute tentative de débordement. Grâce à une structure très claire et encline à la répétition, la composition sait s’ancrer très rapidement dans l’auditeur afin de constituer une base stable pour la compréhension d’une histoire apprêtée faite d’amours, trahisons, escamotages et mort. L’écriture de Cilea reste sobre pour l’intégralité de la pièce et cela marque un éloignement tant de la tendance habituelle de son époque à utiliser des faits divers que du fervent climat d’un certain vérisme. Pourtant, Francesco Cilea demeure, notamment avec ce chef-d’œuvre, un des membres les plus prestigieux de cette incroyable koiné artistique. Et le choix du directeur de l’Opéra de Saint-Etienne, Eric Blanc de la Naulte, de programmer ce caposaldo de l’histoire de l’opéra, trop souvent négligé, mérite d’être salué.

La mise en scène de Davide Livermore (réalisée par Alessandra Premoli) a ajouté une ultérieure directionnalité temporelle à un opéra axé sur le XVIIe siècle. Nous nous sommes trouvés ainsi face à une Adriana bifrons, dont le double regard se mesure avec le passé (intrinsèque à l’histoire) mais aussi avec le futur (celui de la nouvelle dramaturgie). « Bienvenus en 1914 ! » crie un soldat en guise d’ouverture de la soirée et nous sommes assaillis par la surprise de concevoir une comédienne idolâtrée par Molière étrangement plongée dans la Première Guerre Mondiale. La surprise se transforme assez rapidement en une intime conviction qu’il s’agit d’une idée plutôt réussie. Cette séduisante conception s’insinue discrètement dans les méandres de la pièce, avant d’exploser comme une évidence lors de la maladie de la protagoniste : le corps d’Adriana est en fait un corps martyrisé qui porte les stigmates de la guerre.

Les décors, en revanche, ne portent pas les signes de la guerre : le studio Giò Forma réitère et adhère à l’histoire de l’opéra et propose des structures imposantes et tournoyantes, accompagnées dans leur mouvement soit par le déplacement des chanteurs et des comédiens, soit par une immobilité sculpturale. Les deux extrêmes agissent comme des pôles magnétiques autour desquels les décors peuvent défiler tout en respectant les lois physiques.

Une très belle et agréable surprise a été confectionnée par les chanteurs, à partir de Béatrice Uria-Monzon, une délicate et intense Adriana (prise de rôle). Déesse émaciée, d’adamantine beauté, sa présence caresse une esthétique décadente et son chant a le pouvoir de méduser l’auditeur.

Sébastien Guèze a été un Maurizio peu incisif dans le premier acte, avant de s’imposer dans le suivant avec son magnifique chant d’amour et déployer son univers vocal dans les deux dernières parties de l’opéra. L’ovation était, donc, bien méritée.

Très belle preuve de la part du baryton Marc Scoffoni avec un Michonnet très proche de l’univers des Pagliacci, grâce à ses tenues (Gianluca Falaschi et les ateliers de l’Opéra de Saint-Etienne ont fait un travail remarquable) mais aussi pour ses monologues soufferts.

Nous avons apprécié aussi Carl Ghazarossian dans le rôle de l’abbé de Chazeuil, spalla comica du prince de Bouillon (Virgile Ancely). Les scènes du duo sont maintenues dans des formules rossiniennes et l’alternance entre le ténor et la basse apporte une bichromie utilisée avec parcimonie et intelligence.

N’est pas passée inaperçue la preuve de Sophie Pondjiclis en tant que princesse de Bouillon. Son chant flamboyant a su travailler les aspérités et proposer un personnage pernicieux. Sa présence et sa voix ont fendu la pièce.

Opéra entièrement vériste, Adriana Lecouvreur maintient en soi encore quelques brins d’un symbolisme fin de siècle que nous ne retrouvons pas dans les trois autres chefs-d’œuvre du vérisme, c’est-à-dire la Cavalleria Rusticana (1890), Pagliacci (1892) et Andrea Chénier (1896). Le travail de Cilea est une des dernières épreuves de cet univers artistique mais aucune formule ne semble dépassée. Nous pouvons considérer l’Adriana comme un travail artistique intègre qui se pose juste avant l’éclatement (de la guerre et des avant-gardes). Redécouvrir cet opéra signifie faire l’expérience non de la limite, mais de ce que qu’il y a juste avant cette limite. Comme chez l’épuisé de Beckett : ce qui est important, ce n’est pas le dernier, mais l’avant-dernier. C’est là que nous pouvons faire une expérience pleine de l’extrême esthétique.

Spectacle vu le 24 janvier 2018

Le spectacle a eu lieu :
Opéra de Saint-Etienne – Grand Théâtre Massenet
Jardin des plantes – Saint-Etienne
mercredi 24 et vendredi 26 janvier 2018 à 20h, dimanche 28 à 15h

L’Opéra de Saint-Etienne en coproduction avec l’Opéra de Monte-Carlo et l’Opéra de Marseille, présente
Adriana Lecouvreur
de Francesco Cilea
livret Arturo Colutti
d’après Adrienne Lecouvreur d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé
1902

direction musicale Fabrizio Maria Carminati
mise en scène Davide Livermore
réalisation de la mise en scène Alessandra Premoli
décors Davide Livermore, Giò Forma
costumes Gianluca Falaschi
réalisation des costumes Ateliers de l’Opéra de Saint-Etienne
lumières Nicolas Bovey
chorégraphie Eugènie Andrin

Adriana Lecouvreur   Béatrice Uria-Monzon
Maurizio, comte de Saxe   Sébastien Guèze
Princesse de Bouillon   Sophie Pondjiclis
Michonnet   Marc Scoffoni
Prince de Bouillon   Virgile Ancely
Abbé de Chazeuil  Carl Ghazarossian
Mademoiselle Jouvenot   Cécile Lo Bianco
Mademoiselle Dangeville   Calentine Lemercier
Poisson   Mark van Arsdale
Quinault  Georgios Iatrou

orchestre symphonique Saint-Etienne Loire
chœur Lyrique Saint-Etienne Loire
durée 2h50 entractes compris

https://opera.saint-etienne.fr

5,00

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